L'Organisation Internationale de la Francophonie après Abdou Diouf. (2)

Le 30 novembre 2014, la canadienne descendante d'esclaves noirs Michaëlle Jean originaire d'Haiti, était élue à la tête de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Une première pour cet organisme complexe, d’être dirigé par une femme et de surcroît, de nationalité étrangère à l'Afrique. Il importe cependant de préciser que les traditionnelles divisions des dirigeants africains favorisèrent en partie cette élection, ce qui du reste n’est pas une mauvaise chose pour la canadienne puisque juste après son élection, elle avoua n'avoir aucun rapport de complaisance avec les chefs d'Etats africains. Signe d'autonomie et de liberté d'action dans sa future mission. C’est dire plus concrètement qu’à partir du 1er janvier 2015, la nouvelle Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), aura des coudées franches pour diriger son organisme qui désormais, connaît aujourd’hui une nouvelle orientation, celle de la francophonie politique, économique et sociale, dans un contexte apparemment débarrassé de toute emprise de la françafrique. Ce ne fut pas le cas pour son prédécesseur Abdou Diouf, chantre de la francophonie culturelle. Il s’agit là d’une immense et difficile tâche, quand on sait à priori qu’en Afrique noire francophone surtout, la seule expansion de la culture française n’a suffi à instaurer ni des régimes politiques véritablement démocratiques, ni l’indispensable paix sociale, ni enfin une réelle promotion du développement économique et social. La mission de Madame Michaëlle Jean semble d’autant plus difficile qu’elle devra opérer dans un univers globalisé et concurrentiel, où certaines populations du Sud commencent déjà à regarder ailleurs, c’est-à-dire hors de la sphère des traditionnels alliés occidentaux. Il est fondamental de préciser sur ce point que cette tendance venait de prendre une grande proportion ces derniers jours, avec la proclamation de la Chine comme désormais la plus grande puissance économique mondiale. Aujourd’hui, beaucoup de pays de la sphère francophone suffisamment inquiets, se demandent si cette nouvelle grande puissance économique mondiale incontournable de par son statut, ne serait pas susceptible d’influencer voire, de perturber certaines ambitions économico-culturelles dans l’espace de la Francophonie. Sur ce point délicat, on fait plutôt confiance aux énormes compétences de la nouvelle Secrétaire générale de l’organisme, mais surtout à sa prestigieuse expérience tant nationale qu’internationale, pour se tirer à bon compte de cette épineuse situation. Actuellement, les appréhensions des uns et des autres se fondent sur les aspirations des populations africaines qui deviennent de plus en plus persistantes. Elles n’augurent point des relations paisibles à très court terme entres justement ces populations en attente des réformes politiques et économiques et l’Occident. Outre ces réformes qui devraient être faites en profondeur notamment en faveur de la démocratie afin d’assurer des alternances de pouvoirs pacifiques en Afrique noire, le douloureux problème des monnaies nationales africaines n’est pas de reste. Il interpelle déjà beaucoup d’Africains, s’il faut évoquer les prochaines manifestations prévues pour le 27 décembre 2014 de certains Camerounais issus de l’opposition. Il s’agit là des questions extrêmement sensibles, et leur résolution requiert beaucoup de tact et de diplomatie, pour ne pas heurter les sensibilités voire, les susceptibilités et les intérêts des opérateurs économiques nationaux et internationaux, en ce moment où par la force des choses, les Etats-Unis d’Amérique ont cessé d’être la référence démocratique, des droits de l’homme et du développement économique Il devient dès lors clair que les problèmes de la bonne gouvernance, des droits de l’homme et du développement économique et social de l’Afrique noire, seront les thèmes centraux dans les préoccupations de la nouvelle Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie nouvelle version. Cependant, leur résolution impliquera obligatoirement la prise en compte des paramètres endogènes et exogènes complexes, dans un continent toujours en proie aux guerres civiles absurdes de plusieurs origines, et où en dépit des fausses apparences, il n’y a jamais eu de vraie stabilité depuis la période des indépendances. En Afrique noire et à quelques rares exceptions, il y a toujours des conflits latents là où ils ne sont pas ouverts. Or, la mise en œuvre harmonieuse de la prochaine nouvelle dynamique de l’Organisation Internationale de la Francophonie, nécessitera un espace de paix ou apaisé, s’illustrant par des institutions politiques stables. Ce qui malheureusement, est loin d’être le cas actuellement. Vu sous cet angle problématique, on est en droit de se poser les deux questions fondamentales suivantes : Primo, les seules compétences professionnelles de Madame Michaëlle Jean, élue dans des circonstances que tout le monde connaît très compliquées, suffiront-elles pour assurer la réussite de sa lourde tâche ? Secundo, les candidats africains battus dans cette élection, apporteront-ils leur franche collaboration à la nouvelle Secrétaire générale de l’organisme ? Le chemin est encore long et jonché de nombreux pièges. « Wait and see », comme disent nos amis Anglo-saxons.