Burkina Faso : les inquiétudes de l'après transition en 2O15.

Avant même la connaissance des noms des trois personnalités dont l’une devait être désignée pour conduire la transition au Burkina Faso après la fuite de l’ex Président Blaise Compaoré, l’opinion nationale et internationale suspectait déjà plutôt un rajeunissement du même système compaoré, par un autre militaire à la tête de la nation.

Bien sûr qu’en cette époque de grandes confusions et de suspens, on ne prévoyait voir l’ombre de Compaoré qu’à travers les seuls hommes en tenue, oubliant complètement qu’en Afrique noire plus particulièrement, l’institution militaire constituait l’ossature de toutes les dictatures, et pouvait avoir une réelle influence sur les désignations des personnalités politiques.

S’agissant précisément de la transition qui s’était opérée au Burkina Faso, l’armée aurait-elle directement ou indirectement influencé la désignation de l’actuelle Président de transition Michel Kafando, sachant qu’il a toujours été très proche de l’ancien Président Compaoré ?

On ne saurait objectivement tenter de formuler la moindre réponse à cette hypothèse, sans au préalable présenter ces trois personnalités retenues par le collège de la transition.

Il s’agissait en substance de :

-Mme Joséphine Ouédraogo, ancienne ministre sous le régime du défunt Président Thomas Sankara ;

-M. Cherif Sy, journaliste critique, fondateur du journal d’opposition au régime de l’ex Président Blaise Compaoré ;

-M. Kafando Michel, diplomate, ancien ambassadeur à l’ONU.

Il ressort dès la première vue que ces trois personnalités représentent concrètement des sensibilités politiques, et des intérêts économiques et sociaux divergents.

Dès lors, elles peuvent être rangées dans trois groupes politiques qui sont les suivants :

-         Le groupe des sankaristes décidés à venger à tout prix leur idole assassiné Thomas Sankara. Ce groupe est du reste le plus structuré et suffisamment nombreux. Mme Joséphine Ouédraogo incarne au mieux ce groupe ;

-         Le groupe des jeunes désoeuvrés survivant des activités de l’informel. Ce groupe est le plus nombreux et reste proche de Mme Joséphine Ouédraogo et du journaliste Cherif Sy.

-         Le groupe des privilégiés civils et militaires de l’ancien régime de l’ex Président Blaise Compaoré, représenté historiquement par Michel Kafando.

A partir de cette esquisse, l’on peut objectivement croire maintenant  que l’influence militaire aurait joué non seulement en faveur de la désignation du Président de la transition Michel Kafando, mais aussi à celles de son Premier ministre le lieutenant- colonel Isaac Zida, du ministre de la Défense et du ministre de l’Intérieur, tous appartenant au groupe des privilégiés civils et militaires.

Cette hypothèse est d’autant plus vraisemblable qu’en Afrique noire surtout, en dépit de rares exceptions, les gens font plutôt la politique du nombrilisme et non du nationalisme.

A travers tous ces groupes ou rassemblements politiques de circonstance, il est fondamental de signaler que les le groupe des Sankaristes et celui des jeunes désoeuvrés de la rue peuvent s’entendre au gré de leurs intérêts respectifs, lesquels ont d’ailleurs un point commun au niveau de la misère du bas peuple.

Cependant, ces deux groupes feront difficilement des compromis avec le groupe des privilégiés civils et militaires, tellement leurs intérêts sont opposés. Les deux premiers groupes oeuvrent théoriquement pour l’intérêt commun et le partage, tandis que le troisième groupe hyper conservateur, lutte pour l’intérêt individuel, dans le pur sens du « chacun pour soi dieu pour tous ».

En projetant ces réalités dans les perspectives des prochaines élections présidentielles de 2015, il s’en déduit clairement que le candidat issu du groupe des privilégiés civils et militaires n’aura aucune chance de les gagner, au cas où ces élections se déroulent dans des conditions démocratiques, libres et transparentes.

Conscient de cette réalité, le groupe des privilégiés se serait-il alors taillé la part du lion dans l’attribution des grands postes de souveraineté du présent gouvernement de transition en commençant par celui du Président de transition, afin de forcer par des manœuvres peu démocratiques comme dans le passé, la victoire du candidat de son groupe aux prochaines élections présidentielles de 2015 avec certes, la complicité active de son collègue du ministère de l’Intérieur ?

Autant de questions que l’on est en droit de se poser.

 

Mais quand on connaît les capacités de tripatouillages des élections par les ministères de l’Intérieur dans certains Etats africains, on ne peut que s’en inquiéter en se posant des questions.

Nos inquiétudes sont d’autant plus grandes que ces élections présidentielles de tous les dangers possibles, seront organisées par les partisans de l’ex Président Blaise Compaoré, et au moment où le spectre du drame ivoirien  plane encore sur nos têtes.

Pour le moment, croisons les doigts, nous n’y sommes pas encore, restons néanmoins conscients du fait que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Espérons néanmoins que l’expérience et la sagesse du Président de  transition lui permettront de tout faire, pour éviter une nouvelle descente dans les rues des populations burkinabè. Une telle descente risquerait d’embraser la région voire, une grande partie de l’Afrique noire.