Le paradoxe de certains Camerounais aujourd’hui.

Le paradoxe de certains Camerounais aujourd’hui.

 

Si le monde entier reste convaincu de nos jours de la grande corruption qui gangrène tous  les Etats d’Afrique noire, il est cependant étonnant de voir certains Africains s’opposer à la fois à la corruption et à sa répression, quand bien même les auteurs sont pris la main dans le sac.

C’est notamment le cas pour bon nombre de Camerounais pour qui, l’instrumentation de toute arrestation ou condamnation pour détournements de fonds publics devient une profession.

Pour les habitués de telles polémiques à la longue ridicules, les condamnés ne sont jamais en réalité coupables des faits qui leur sont reprochés, mais les victimes soit d’une insidieuse répression politique, soit d’un tribalisme d’une autre époque orienté contre certains groupes ethniques, soit enfin, des étrangers (Français d’origine camerounaise) que le régime n’apprécierait pas.

C’est dire tout simplement en résumé que l’ancien Secrétaire Général à la Présidence de la République Marafat Yaya, incarcéré pour détournements de fonds publics comme beaucoup d’autres hautes personnalités de la République, serait plutôt une victime d’une  répression politique en tant qu’opposant au régime, un régime qu’il a lui-même façonné toute sa vie.

C’est dire ensuite que l’ancien Directeur Général de la compagnie nationale de transport aérien Cameroon Airlines Yves Fotso, ne serait lui aussi condamné que sur la base des considérations ethniques, s’illustrant par un tribalisme anti-bamiléké, et non suite à un acte répréhensible avéré.

Enfin, c’est dire aussi que Thierry Atangana, homme d’affaires et ancienne personne de main de l’ancien Directeur Général de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale du Cameroun (CNPS) en l’occurrence Monsieur Engoh d’une part, et d’autre part l’avocate Lydienne Eyoum tous deux Français d’origine camerounaise, ne furent arrêtés ou condamnés qu’en raison de leur nationalité étrangère, et non pour des faits criminels qui leur étaient reprochés.

Toutes ces insinuations qui mettent gravement à mal le régime et la justice camerounais, appellent néanmoins à plus d’une observation à savoir :

 Primo, l’instrumentation politique conférant d’office la qualité d’opposant à Marafat Yaya ne relèverait-elle pas d’une pure fiction, quand on sait que ce fut Marafat qui, dans ses fonctions de Secrétaire Général de la Présidence, initia et ordonna les arrestations de beaucoup de personnalités camerounaises suspectées de détournements de fonds publics, et en particulier celle de M. Engoh ?

Selon plusieurs sources concordantes et dignes de foi, voici très brièvement, le détail des événements qui conduisirent à l’arrestation de M. Engoh, Directeur Général de la CNPS, membre du Comité central du RDPC le parti politique majoritaire au pouvoir et entre autre, d’appartenance ethnique bulu comme le chef de l’Etat. C’est dire que  théoriquement, M. Engoh faisait partie des rares personnalités réputées  intouchables du régime, s’il y’en existe réellement.

Mais il se passa malheureusement apprend-on que M. Engoh écarta un jour  brutalement sa personne de main Thierry Atangana de ses affaires, et pour des raisons qui lui étaient ou sont propres.

Dès lors, M. Thierry Atangana qui avait à l’époque une relation familiale à la Présidence  en la personne de l’Aide de camp du Chef de l’Etat, décida à son tour de se venger contre son mentor, et au plus haut niveau du pouvoir. Aussi, remit-il pour la circonstance, toutes ses accusations contre le Directeur Général de la CNPS, accusations consignées dans un volumineux dossier détaillé et bien argumenté avec toutes les preuves, afin qu’il le remette en personne au Président de la République, ce qui fut fait dans la foulée.

Mais comme c’est de règle dans tous les pays du monde,  le Président de la République a  d’autres préoccupations que de compulser des gros dossiers de surcroît privés. Le dossier Engoh fut ainsi remis au Directeur de Cabinet Civil et  vraisemblablement, sans que le Chef de l’Etat sache son contenu exact.

Le Directeur de Cabinet Civil à son tour ayant lu et compris l’importance du dossier, s’en débarrassa aussitôt en le transmettant officiellement au Secrétaire Général de la Présidence de l’époque, M. Marafat Yaya.

M. Marafat une fois en possession du dossier, prit immédiatement contact avec le Président du Conseil d’Administration de la CNPS de l’époque en l’occurrence M. Ousman Mey.  Les deux décidèrent alors en toute hâte,  d’envoyer ce dossier au ministre de la justice, assorti d’une injonction d’enrôlement immédiate avec grande médiatisation.

Dès lors, tout le monde fut pris de court, et le cas de M. Engoh  rendu exceptionnellement et rapidement public devint indéfendable. Son arrestation et son emprisonnement fortement réclamés par l’opinion publique pour servir d’exemple,  devinrent aussi possible.

Il reste cependant fondamental de noter que l’élite politique du Nord fit preuve d’un zèle judiciaire inhabituel pour le cas  Engoh, et l’on se demande aujourd’hui s’il ne s’agissait pas d’un vieux règlement de comptes  à travers un tel lynchage politico-judiciaire concerté.

Quand maintenant le même Marafat Yaya, est rattrapé par l’adage de l’arroseur arrosé, n’est-il vraiment pas ridicule pour les partisans des polémiques inutiles, de tenter d’en faire un martyr politique ? Y’aurait-il certains Camerounais qui se situeraient au-dessus des lois et à qui tout serait permis ? La politique ne peut hélas ni tout justifier, ni tout expliquer. Alors, ne serait-il pas plus sage de laisser la justice faire sereinement son travail républicain ?

Les éclaircissements du premier cas valent bien pour le second, lequel fait état d’une dérive tribaliste dans certains verdicts, et insinue à la fois une prétendue protection des justiciables d’appartenance ethnique bétie.

Qu’on cesse enfin d’empoisonner l’imaginaire des Camerounais, maintenant que la preuve des Béti emprisonnés comme le reste des Camerounais est établie. Tous les escrocs arrêtés sans distinction d’ethnies ou de rang social sont en prison au Cameroun.

Il ne reste plus que le cas des délinquants bi-nationaux, c’est-à-dire des citoyens français d’origine camerounaise.

Sur ce point, tente-t-on  encore de faire croire aux naïfs que la justice camerounaise viserait particulièrement les étrangers, notamment les Français qui y résident et y travaillent ?

Là encore c’est totalement faux, d’abord parce que dans aucun pays au monde, la bi-nationalité voire la multi-nationalité n’a jamais été une caution du crime.

Ensuite et heureusement d’ailleurs, beaucoup de bi-nationaux occupant d’importantes fonctions dans tous les secteurs d’activités au Cameroun,  n’ont jamais été ni suspectés, ni inquiétés et encore moins séquestrés, du moment où ils valorisent leur expertise en toute légalité.

Alors, que les promoteurs des réactions irresponsables arrêtent de jouer à l’amalgame, qu’ils essaient plutôt de regarder les problèmes de leur pays avec plus de lucidité, c’est aussi ça le patriotisme démocratique. Car c’est tout simplement criminel d’essayer de faire croire aux pauvres populations en graves difficultés économiques et sociales, que leurs maux proviennent uniquement de l’extérieur. Tout n’est pas parfait c’est sûr. Mais cependant :  

Ne  faudrait-il pas d’abord commencer par balayer le devant de  sa porte, avant de porter ses critiques à celui d’un autre ?