L’AFRIQUE NOIRE AURAIT-ELLE SURVECU SANS L’ESCLAVAGE ET LA COLONISATION?

Nous partons du principe que rien n’est pour rien, et que certains événements souvent condamnés ou condamnables au moment où ils se produisent, le deviennent parfois moins avec le temps. C’est généralement le cas, lorsque ces événements se retrouvent justifiés, ou reconnus soit comme accomplissement d’une exigence naturelle, soit enfin comme un destin divin, pour ceux qui croient en l’existence d’une force suprême, sous l’appellation d’un Dieu.

 

 

Alors dans ce cas, seul ce Dieu imaginaire serait capable de prévoir avec exactitude les conséquences pérennes de tous les événements notamment les actions des hommes.      

C’est dans ce contexte plutôt interrogateur que nous analysons aujourd’hui, les conséquences toujours décriées des phénomènes de l’esclavage et de la colonisation des peuples d’Afrique noire, au regard justement des grandes mutations socio-économiques, culturelles et politiques.     

Si personne n’a objectivement le droit de faire l’apologie ni de l’esclavage, ni de la colonisation en vertu du droit à la liberté universellement reconnu à tous les  humains, nul ne peut cependant refuser qu’on puisse s’interroger de nos jours d’une part sur la genèse, et d’autre part, sur les réelles conséquences des phénomènes de l’esclavage et de la colonisation dont furent victimes les populations d’Afrique noire.     

Ces interrogations s’imposent actuellement avec autant d’acuité, que paradoxalement et curieusement, une Afrique noire enfin libre et indépendante, sombre quotidiennement et quasi irréversiblement dans une grave misère économique, politique, sociale et culturelle. Certains Africains noirs vont même jusqu’à soutenir que cette misère serait vraisemblablement exterminatrice, sans l’aide et le soutien appuyés des anciennes puissances esclavagistes et colonialistes européennes.

Ce triste constat nous conduit par conséquent, à nous poser la question fondamentale suivante:

« Comme la liberté et les indépendances tant recherchées en Afrique noire sont devenues synonymes de la misère, des violences, de la cruauté et de la mort, pouvons-nous à partir de ce morbide constat, déduire implicitement que l’esclavage et la colonisation furent plutôt des événements salvateurs c’est-à-dire porteurs d’un certain humanisme, et permettant la survie des populations d’Afrique noire, et non une simple opération d’assujettissement et d’exploitation »?  

La réponse à cette délicate question tant occultée par les uns et les autres, demeure cependant un préalable pour mieux appréhender au moins en partie, l’incidence véritable de l’esclavage et de la colonisation dans le processus de développement des peuples d’Afrique noire. Ces deux événements qu’on croyait auparavant uniquement oppressifs et inhumains, présentent curieusement un autre visage aujourd’hui, face à une Afrique noire visiblement menacée de disparition sans les ultimes aides extérieures.

Une lecture attentive de ce petit ouvrage permettra à coup sûr à tout un chacun, de se faire une idée sur cette épineuse question, et d’adopter son point de vue, en fonction naturellement des réalités économiques, politiques sociales et culturelles actuelles.

Il est fondamental de rappeler sur ce point que bien avant l’Afrique noire, d’autres pays européens furent victimes de l’esclavage et de la colonisation, mais  s’en sortirent cependant en dépit de tout. C’est justement le cas pour l’Angleterre qui en 52 avant Jésus Christ, fut envahie et colonisée par l’empereur romain Jules César. Ce dernier fit même des indigènes anglais, des esclaves qu’il mit aussitôt en vente.

Pour la petite histoire, rappelons-nous qu’Attacus qui voulut justement acheter quelques-uns de ces esclaves anglais de l’époque, reçut une lettre de son ami Cicéron, ce dernier lui déconseillant de se procurer ces esclaves, car tellement ils étaient stupides. Aujourd’hui, la supériorité économique de l’Angleterre par rapport à l’Italie et la Grèce n’est plus à démontrer.

 

 

 

A partir de l’unique exemple de la Grande Bretagne et de la Grèce antique, les seuls phénomènes historiques de l’esclavage et de la colonisation, ne suffisent plus de nos jours pour expliquer et surtout pour justifier les multiples maux qui accablent en permanence les peuples d’Afrique noire, et qui constituent des obstacles majeurs à leur développement économique, politique, social et culturel.

 

Pourtant, avant le XVe siècle au moment où les premiers Européens commençaient à mouiller les côtes atlantiques africaines, certains pays africains avaient déjà des brillantes cultures, et c’est notamment le cas pour :  

 

L’Egypte antique;

 

L’Ethiopie du début de l’ère chrétienne ;

 

Le Mali sous le grand empire Songhaï du XIIe siècle, avec la florissante université de Tombouctou, une Institution qui à l’époque, était analogue aux universités médiévales d’Europe ;   

 

La Haute Volta (actuel Bénin) du XVe siècle.

 

Toutes ces cultures s’effondrèrent hélas, victimes d’événements historiques tant internes qu’externes, que ces différents pays ne purent ou ne surent surmonter et qui finalement, plombèrent dirait-on et à jamais, leur évolution ultérieure.

 

Cependant, même l’effondrement de ces anciennes cultures africaines ne suffit plus aujourd’hui à lui seul, pour tenter de justifier la fulgurante régression scientifique et partant économique, des peuples d’Afrique noire en perpétuelle agonie, et toujours sous perfusion pour leur survie économique.

 

Rappelons à cet effet et en guise d’édification, que la Grèce et la Rome antiques qui dominèrent pendant longtemps plusieurs pays européens voire africains de la côte méditerranéenne, furent finalement battues à leur tour par certains de ces mêmes pays auparavant colonisés et subjugués. Ces derniers et notamment les pays d’Europe, finirent par retourner leur asservissement et leur colonisation sur leurs anciens colonisateurs. Aujourd’hui, les anciens pays colonisés d’Europe ne se soucient plus ni de l’Italie, ni de la Grèce, ces deux anciennes puissances étant devenues avec le temps, des pays ordinaires de l’Union Européenne.

 

Le désastre économique, politique, social et culturel africain semble donc historique. Il perdure pourtant et ce, malgré les innombrables aides et l’assistance permanente des pays industrialisés et paradoxalement en première ligne, les anciens pays esclavagistes et colonialistes européens d’hier.

 

 

 

Nous vivons aujourd’hui un drame économique, politique et social généralisé en Afrique noire. Cette triste situation nous oblige à nous poser des questions sur un certain nombre de points notamment:

 

Sur les réelles possibilités des populations autochtones d’Afrique noire, à opérer toutes seules aujourd’hui, un vrai développement économique endogène dans leurs pays respectifs;

 

Si historiquement et pendant plusieurs centaines d’années, ces mêmes populations auraient pu vraiment survivre en l’absence des phénomènes tant décriés de l’esclavage et la colonisation.

 

Répondre à ces deux questions, demeure l’objectif assigné à cet ouvrage. Cependant, ces réponses impliquent néanmoins outre la connaissance des structures sociales des peuples d’Afrique noire avant, pendant et après les phénomènes d’esclavage et de la colonisation, mais aussi, une bonne analyse dynamique de l’évolution historique, économique, politique, sociale et culturelle des peuples concernés dans le temps et dans l’espace.

Quant à la colonisation, elle a toujours été la conséquence d’une dépendance économique, faute de la maîtrise scientifique et de ses applications technologiques par les populations victimes. C’est effectivement le cas aujourd’hui pour les populations d’Afrique noire qui de tous les temps, espèrent que le développement économique de leurs pays proviendra d’ailleurs, c’est-à-dire relèvera d’une quelconque philanthropie et ce, en dépit d’incessantes réticences et mises en garde des décideurs de certaines grandes puissances[1].

 



[1]Pour tenter d’interpeller certains dirigeants un peu trop corrompus des pays en développement et ceux d’Afrique noire plus particulièrement, l’ancien Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique John Foster Dulles rappelait en son temps à tous ceux qui voulaient bien  l’écouter les principes suivants : « C’est  pure naïveté qu’un Etat souverain puisse attendre son développement d’un autre Etat. Il n’y a pas de philanthropie dans le domaine du développement économique. L’Amérique a des partenaires, l’Amérique n’a pas d’amis. Les affaires sont les affaires….. »