Rumeurs autour du franc CFA.

Depuis un certain temps, les rumeurs les plus folles et les plus diverses, font état d'une intention de création des monnaies nationales, ou d'une monnaie panafricaine dans la zone franc. La concrétisation d'une telle idée entraînerait probablement la fin du franc CFA, avec tout ce que cela comporterait comme conséquences économiques et politiques pour les pays africains concernés.

En effet, ces rumeurs qui inondent aujourd'hui les médias nationaux et internationaux ne sont réellement pas nouvelles. Elles ne sont qu'une reprise des anciennes idées de certains intellectuels notamment des économistes africains qui depuis longtemps, estiment à tort ou à raison que le franc CFA constitue plutôt un handicap au développement économique des pays africains qui l’utilisent.

En guise de preuves, nous ne rappellerons que les quelques ouvrages suivants de cette catégorie d'intellectuels africains critiques.

- Tchuindjang Pouemi Joseph, Monnaie, servitudes et liberté. La répression monétaire de l'Afrique. Edit. J.A., 1985.

- Agbohou Nicolas, Le franc CFA et l'euro contre l'Afrique, Editions Solidarité mondiale, 2008.

- Ikiemi Serge, Le franc CFA, d'où vient-il ? Où va-t-il ? l'Harmattan, 2010.

Il est fondamental de préciser que ces intellectuels africains ne sont plus seuls aujourd’hui à s'intéresser à l'épineux problème du franc CFA. Il y a aussi des intellectuels étrangers, le problème ayant brusquement pris une dimension internationale sous l'effet de la crise économique. Nous citerons à cet effet l'ouvrage du journaliste français Godeau Remi, ouvrage intitulé "Le franc CFA, pourquoi la dévaluation de 1994 a tout changé. Septa, 1995".

Mais avant de passer aux interrogations ou aux questionnements relatifs à toutes ces publications, présentons brièvement l'histoire du franc CFA.

Le franc CFA, entendu franc des colonies françaises d'Afrique, est une monnaie qui fut créée un certain jour de noël précisément le 25 décembre 1945, par un décret signé conjointement par :

- le général Charles De Gaulle, Président du gouvernement provisoire ;

- René Pleven, ministre des finances ;

- Jacques Soustelle, ministre des colonies.

Cette monnaie qui initialement, ne fut créée que pour soutenir l'activité économique de la France dans ses colonies d'Afrique comme le prouve les immenses investissements de la période coloniale, est curieusement victime des critiques les plus virulentes aujourd'hui par une partie d'intellectuels africains. Certains vont même jusqu'à la qualifier d'instrument de pillage des richesses africaines, tandis que d'autres plus incisifs encore, la comparent carrément au deutsch mark utilisé dans les territoires occupés, et imposé par l'Allemagne nazie à la France, pendant la période d'occupation allant de 1939 à 1944. Etc…

Fonctionnement actuel du franc CFA.

Pour toutes les anciennes colonies et autres pays africains utilisant le franc CFA, un compte d'opérations est ouvert auprès de la Banque de France.

Ce compte est crédité du montant des exportations faites en France, et débité du montant des achats faits dans le même pays.

En outre, la Banque de France garantit le taux de change fixe du franc CFA par rapport aux éventuelles fluctuations de l'euro. Aujourd'hui par exemple, nous sommes au mois d’avril 2015, et 1 euro se change à 655 franc CFA.

Enfin, la Banque de France garantit aussi la convertibilité du franc CFA en d'autres devises étrangères, ce qui permet aux pays de la zone franc de s'approvisionner ailleurs, si besoin était.

Voici brièvement, l'histoire et le fonctionnement du franc CFA.

Mais nous ne pouvons jusque-là rentrer dans la phase des questionnements, sans une brève évocation du pragmatisme économique, très souvent différent de la théorie qui parfois devient un leurre, surtout pour les pays dépendants.

Nous savons d’ores et déjà que tous les grands principes économiques affirment entre autres, ce qui suit :

- Aucun pays au monde ne s'est développé par les seules exportations de ses matières premières à l'état brut ;

- Un pays incapable de donner de la valeur ajoutée à ses matières premières, ne saurait être compétitif dans un univers économique globalisé ;

- La non compétitivité économique entraîne automatiquement les fluctuations du taux de change de la monnaie nationale, par rapport aux devises des pays industrialisés et compétitifs. Ces fluctuations qui se font par le bas affaiblissent la monnaie nationale ;

- Quand bien même un pays remplirait toutes les conditions de développement économique et de compétitivité, il ne saurait connaître une réelle croissance économique et entretenir sa monnaie, s’il reste éternellement noyé dans des conflits interethniques, religieux ou autres toujours ravageurs ;

- Aucun pays ne peut se développer, si ses nationaux manquent de patriotisme et de surcroît, ne survivent que par une corruption institutionnalisée et perfectionnée au quotidien ;

- Aucun pays ne peut connaître un réel développement économique, si le programme de ce développement n'est endogène, c'est-à-dire une émanation de la volonté des nationaux ;

- Aucun pays ne peut se développer, si ses nationaux ne maîtrisent la science reine, et ses applications technologiques ;

- Aucun pays ne peut se développer, sans des institutions politiques stables et fiables, chaque pays étant en réalité, l'expression de son administration.

Etant donné aujourd’hui que tous les pays d’Afrique noire vivent en marge de ces quelques huit principes dont l'énumération est loin d'être exhaustive, nous nous demandons, si les graves accusations portées contre la création et le maintien du franc CFA ne sont pas exagérées, voire stupides.

Pire encore, l'idée même de la création des monnaies nationales pour chaque Etat d'Afrique noire, ou de la création d'une monnaie panafricaine dans les conditions actuelles, ne relève-t-elle pas tout simplement d’une grave naïveté ou d'une pure démagogie ? Surtout que nous avons encore devant nous, les exemples des échecs successifs du panafricanisme, des indépendances prématurées, du développement économique tant promis depuis plus d’un demi-siècle et que personne n’a jamais vu, et de l'unité africaine.

S'il est vrai que la monnaie demeure un important agrégat de souveraineté, il n'en est pas moins vrai que les pays d'Afrique noire se prétendant souverains, ne soient pas tous capables d'entretenir une monnaie nationale. A propos, l'exemple de l'ex Zaire (actuelle République Démocratique du Congo), pays scandaleusement riche en matières premières d'Afrique et paradoxalement le plus pauvre, reste la meilleure illustration de cette vérité qui d’ailleurs, relativise le mythe de richesses des pays d'Afrique noire.

Et puisque les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, force est de reconnaître en toute humilité que l'Afrique noire, pays des disparités historiques, géographiques, culturelles et économiques quasi-endémiques, sera toujours sous développée, aussi longtemps qu'elle maintiendra ses traditions négatives et par conséquent, aura toujours besoin des appuis et aides extérieurs pour survivre. Le franc CFA hélas, fait partie de cet arsenal d'aides et appuis aujourd’hui. Sa brusque disparition peut-être synonyme d’un suicide économique.

Vu sous cet angle, ce franc CFA ne devrait pas servir de bouc émissaire au sous-développement chronique de l'Afrique noire puisqu'avant même sa création, ce continent était déjà sous développé. L'argument monétaire ne tient pas ou plus, d'autres pays africains ayant aujourd’hui leurs monnaies nationales, n’étant pas pour autant développés.

Nous avons plutôt la nette impression que beaucoup d'Africains n'ont toujours pas retenu les leçons des échecs antérieurs ou bien alors, refusent sciemment de regarder la vérité en face, à un moment fatidique où justement, ils devraient être plus objectifs, et ne faire des propositions qu'en s'appuyant sur la raison, et non sur une aveugle passion.

Sinon, comment peut-on sincèrement en ce moment, oser évoquer une quelconque monnaie panafricaine dans un continent où tout le monde sait que les populations ne s'entendent que pour mieux se trahir et s'autodétruire ? De qui se moque-t-on là ?

A-t-on déjà éradiqué les phénomènes Boko Haram et Al Chebab qui en ce moment tuent, violent, détruisent tout, jusqu'à l'extermination des jeunes étudiants africains dans des campus universitaires pour d'obscurs motifs religieux ? A propos, faut-il rappeler le plus récent et le plus monstrueux drame du 02 avril 2015 au Garissa College University du Kenya, où plus d'une centaine de jeunes étudiants ont été innocemment et lâchement assassinés par des illuminés musulmans africains du mouvement Al Chebab ? Et au même moment, comme si ce n’était déjà pas trop grave pour l’Afrique noire, on exhumait des centaines de corps d’innocents et anonymes Congolais dans des fosses communes, des Congolais massacrés par des Congolais en RDC, pour des raisons que nul n’expliquera.

A-t-on déjà mis sur pied un passeport panafricain avant de parler d'une monnaie panafricaine ?

A-t-on déjà résolu et définitivement, les conflits ouverts de partition au Sahara Occidental, au sud Soudan, au nord Mali, à l'est de la République Démocratique du Congo et dans l'enclave de Cabinda pour ne citer que ceux-là, avant de parler des monnaies nationales ou d'une monnaie panafricaine ?

A-t-on déjà éradiqué tous les conflits ethniques, frontaliers et autres qui minent permanemment l'Afrique noire, et en font aujourd’hui un continent de barbares ?

A propos, suite au drame du campus de Garissa College University, le gouvernement kenyan a annoncé le début imminent de la construction d’un mur de plusieurs centaines de kilomètres, le long de sa frontière avec la Somalie afin de contenir les attaques du Chebab.

Ce mur frontalier posera évidemment un problème de taille, celui de savoir comment la prétendue monnaie panafricaine le franchira pour soutenir l’économie des deux pays antagonistes.

Après tout et pour limiter le ridicule, on peut néanmoins admettre que demander aujourd'hui d'ultimes améliorations monétaires ou financières dans les pays de la zone franc, pourrait peut-être avoir un sens, dans la mesure où des mutations économiques et politiques auraient pu affecter la logique initiale du franc CFA dans ces pays depuis sa création en 1945 jusqu'à ce jour.

Et même dans ces conditions humanitaires, il faudra toujours tenir compte du coût d’opportunité depuis toujours supporté par la Banque de France car en matière économique, point de philanthropie.

Mais envisager aussi brutalement une sortie de la zone Franc sans penser aux conséquences pérennes, ne s’apparenterait-il pas aux erreurs des indépendances précoces aujourd'hui regrettables et regrettées par beaucoup d'Africains, contraints de fuir leur continent même au prix de leur vie ?

Il faut parfois avoir de la retenue et savoir appeler un chat, un chat. Car Il ne sert à rien de suggérer des solutions suicidaires aux populations incrédules, quand on peut les éviter, et être ainsi à l’abri d’un tsunami économique, politique et social.

Sur ce point, la prudente sagesse africaine est riche en adages et anecdotes. Elle conseille ainsi aux indécis ne sachant vraiment où aller, de rester surtout sur place, au risque de se perdre définitivement. Aux imprudents ne pensant pas aux conséquences de leurs actes, elle conseille de méditer profondément sur le contenu de l'adage suivant avant toute décision ou action.

"Avant de t'attaquer au cobra, il faut être sûr de ton chemin de repli".

A bon entendeur salut.